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Guérisseurs, magnétiseurs, ostéopathes… A quel soin se vouer ?

TELERAMA

L’un apaise les brûlures, l’autre “parle aux muscles” ou fait circuler les énergies. Même les plus sceptiques font appel à ces guérisseurs. 

Jusqu’ici, on se plongeait dans ces histoires comme dans un vieux grimoire : tel rebouteux du Morvan était censé soulager les douleurs par apposition des mains, tel autre, paysan, recevait directement les gens « au cul des vaches »… Glanées de temps à autre dans les dîners, ces anecdotes nous paraissaient relever d’un folklore rural fascinant et lointain.

Et puis, en débutant cet article, on s’est rendu compte d’une chose : pour entrer dans l’irrationnel, un tour à la machine à café du bureau suffit. « Moi qui suis la fille la plus cartésienne de la terre, j’ai fini par appeler quelqu’un pour débarrasser mes enfants de leurs verrues, par téléphone ! » raconte une collègue. « Eh ben je ne peux pas te dire comment ça marche, mais ça marche ! Je n’en reviens pas moi-même, mais maintenant, j’ai un “monsieur verrue” dans le répertoire de mon portable ! »

Autour de nous, les témoignages se ramassent à la pelleteuse. Celui d’un trentenaire, opéré d’une fracture, qui se rend chez une guérisseuse auvergnate avec des béquilles, et ressort sur ses deux jambes. D’une journaliste, dont l’ostéopathe parisien réussit à traiter, en quelques séances, les migraines chroniques. D’une entrepreneuse débarrassée d’un psoriasis persistant grâce à l’intervention d’une kinésiologue bretonne qui « parle aux muscles ». Ou d’une enseignante atteinte d’un cancer du sein faisant appel à une « barreuse de feu » pendant sa radiothérapie. « J’ai supporté une trentaine de séances sans être brûlée, alors que j’ai une peau très fragile, rapporte Christine, habitante du Beaujolais. A l’hôpital, tout le monde trouvait étonnant que je réagisse si bien ! »

“C’est comme la musique, certains sont plus doués que d’autres !”

C’est un fait : les guérisseurs font partie du quotidien. On les consulte en ville comme à la campagne. Si le Larousse les définit comme des « per­sonne[s] qui prétend[ent] obtenir la guérison de certaines maladies par des procédés […] sans vérification scientifique démontrable et qui agi[ssen]t ainsi en contravention avec les lois sur l’exercice de la médecine », ils présentent, en réalité des profils variés : kinésiologue, magné­tiseurs, psychonomes… Leur nombre est impossible à quantifier. Certains ont des diplômes reconnus (ostéopathes, chiropracteurs), d’autres pas. Ils agissent par manipulations, incantations, appositions des mains. Une partie d’entre eux estiment avoir un don. « Depuis l’enfance, je ressens les énergies, mais aussi des “présences” sur les personnes, à travers des sensations, parfois des images », explique Marie Chantal Gourland, magnétiseuse de Liergues, dans le Rhône. D’autres parlent d’apprentissage : « Nous avons tous des énergies en nous, et il faut les travailler », estime Grégory Day, ostéo­pathe dans le 10e arrondissement de Paris. « Mais c’est comme la musique, certains sont plus doués que d’autres ! »

Le praticien accueille les patients dans un cabinet spacieux, décoré d’une cheminée dans laquelle, après les séances, il brûle les draps d’examen en papier « pour évacuer les problèmes ». Spécialisé dans la branche « biodynamique » de l’ostéopathie, il a, au fil du temps, créé sa propre méthode énergétique, associant qi gong, méditation, médecine chinoise. Sa devise ? « Avant tout, ne pas nuire. » S’il insiste sur la dimension spirituelle du soin, pas question de se substituer à la médecine conventionnelle. « Je ne demanderai ­jamais à quelqu’un de ne pas faire de chimiothérapie ! Dans le cas de pathologies lourdes, ma méthode constitue en un accompagnement. » En trente ans, Gregory Day a vu défiler tout type de patients.

« Certains viennent parce qu’ils sont arrivés au bout de ce que leur apporte la médecine conventionnelle. D’autres parce qu’ils présentent des fragilités psychologiques. » Pour lui, « la demande de soins plus naturels s’inscrit dans un mouvement sociétal lié à l’écologie. Andrew Taylor Still, fondateur de l’ostéopathie, estimait que le laboratoire pharmaceutique se trouvait à l’intérieur du corps. Je cherche simplement à amener les gens à stimuler leurs ressources intérieures. » Est-il nécessaire de « croire » en ces thérapies pour qu’elles agissent ? « Il faut avoir une certaine ouverture d’esprit et la ­volonté d’aller mieux », estime Grégory Day. A l’inverse, la magnétiseuse Marie Chantal Gourland juge « obtenir des résultats avec des personnes très sceptiques au départ ».

“Alors que la priorité des médecins est de traiter l’organe malade, aller chez une magnétiseuse m’a permis de me sentir considérée comme un être humain !”

Dans tous les cas, des effets peuvent se produire. Hypnothérapeute et psychologue au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur du CHU de Bicêtre (CETD), Isabelle ­Célestin-Lhopiteau le mesure auprès des patients en chimiothérapie ou radiothérapie : « Ceux d’entre eux qui consultent en parallèle des “barreurs de feu” ont souvent moins mal et cicatrisent mieux. » Alors qu’aucune étude validée par les institutions n’a encore été réalisée, cette praticienne — qui a aussi fondé l’Institut français des pratiques psychocorporelles (IFPPC) — s’est mise à en étudier les mécanismes. « On peut évoquer comme piste l’effet placebo ou la suggestion. Mais il faut également s’intéresser à la force de la relation. Les guérisseurs utilisent des images, des représentations, qui, comme dans l’hypnose, sont susceptibles d’avoir un pouvoir de transformation. » Dans un environnement médical où les contacts humains se réduisent, le guérisseur envisage le patient dans sa globalité : « En le reconnectant à son histoire, mais aussi à la nature, en créant un espace où ses émotions peuvent s’exprimer, il va lui permettre de lâcher prise. » Guérie d’un cancer du sein, Christine confirme : « Alors que la priorité des médecins est de traiter l’organe malade, aller chez une magnétiseuse m’a permis de me sentir considérée comme un être humain ! »

La médecine conventionnelle commence à intégrer ces pratiques. A Annemasse, Rodez, Mende, Thonon-les-Bains, ou Paris, des établissements travaillent avec des barreurs de feu. Ces derniers n’interviennent pas directement au sein des structures, mais sont recommandés par des infirmiers, ambulanciers, chirurgiens, qui tiennent des listes informelles de contacts. « Rares sont ceux qui en parlent ouvertement, le sujet reste tabou », constate Isabelle Célestin-Lhopiteau. Ouverte à une plus grande collaboration avec les guérisseurs, elle voudrait que des études scientifiques soient menées et estime que « les consultations en médecine complémentaire doivent apparaître dans le dossier médical des ­patients. Cela permettrait d’éviter les interactions dangereuses, les dérives sectaires, et de mieux comprendre comment fonctionne ce type de ressources ». Une évaluation qui ne dissipera pas forcément tous les mystères. « Comment expliquer que les barreurs de feu aient un effet à distance, sur des personnes qui ne sont pas prévenues de leur interventions ? Ou que certains guérisseurs racontent des choses très précises sur l’histoire des patients ? Ça sort de mon champ de compétence ! »

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